VOICI TROIS HISTOIRES PARMI LES 30 DEJA ECRITES ET ILLUSTREES

Il est une fois un lapin que tout le monde appelle Abricotin parce qu’il est tout petit, tout lapin et tout tendre comme des bisous et des câlins. Normalement, il devrait être tout blanc mais sa passion est si forte pour les carottes qu’il a fini par en prendre la couleur, celle d’un abricot bien sucré !

Il vit tranquillement à l’abri des hommes dans un terrier près de l’étang des Nénuphars, mais personne ne sait où exactement. C’est tant mieux, il ne risque presque rien ainsi.

Sa maman, Lapinella, le surveille autant qu’elle peut car il est encore très jeune et il fait beaucoup de bêtises. Pourtant, chaque fois qu’elle est occupée à la cuisine ou au ménage et donc qu’elle ne le voit pas, il met son nez dehors, puis ses pattes, puis sa queue et il s’enfuit en sautillant de joie. Il est tellement curieux qu’il n’a pas peur d’explorer ce monde qui l’entoure mais il finit toujours par revenir bien vite auprès de sa maman pour être à nouveau rassuré et protégé.

Forcément, sa maman est tout pour lui et il l’aime . . .

Voulez-vous que je vous conte quelques une de ses histoires ?



Le mystère de la carotte verte

Abricotin aime les carottes. C’est sa gourmandise et il est rare qu’il en laisse dans son assiette quand Lapinella en fait pour le dîner, c'est-à-dire tous les soirs. Râpées, en purée, en rondelles, en beignets, en crêpes, c’est son plat préféré et il a même inventé un nouveau plat : la carotte farcie à la carotte. Un délice !


Le jus de carotte et la mousse à la carotte

Attention pourtant : l’abus de carottes rend les poils de lapins de couleur orange comme une Abricotine !

Pourtant, quand sonnent quatre heures au clocher du village, il n’est pas rare qu’il sorte explorer les cultures alentour pour arracher une ou deux carottes pour grignoter. C’est facile, à cette heure-ci, Lapinella est avec ses amies des terriers voisins pour parler des derniers potins. Abricotin profite qu’elles se chamaillent pour s’évader sans risquer de se faire interpeller et pour filer vers le jardin de Monsieur Clément.

Alors que les fanes des carottes sont belles et généreuses, Abricotin est surpris de voir que la première qu’il déterre est verte. Il en déduit qu’elle n’est pas mûre même si elle est de bonne et grande taille. Ne voulant pas la gâcher, il la remet en terre, en prend une seconde mais elle est verte aussi. Il la remet aussi en terre, puis recommence avec une troisième, verte, une quatrième, verte, une cinquième, encore verte.

Abricotin est très étonné et se trouve dans l’obligation de retourner à son terrier sans avoir pu en croquer une. Il est bredouille ! Il se dit que demain, elles seront certainement d’une couleur normale et donc bonnes à sa consommation. Que Nenni ! Le lendemain, c’est le même scénario : toutes vertes et pourtant tellement grosses ! Abricotin est abasourdi tout autant qu’affamé ! Combien de jours va-t-il lui falloir attendre pour que tout ce grand mystère soit élucidé ?

Aussi décide-t-il de prendre l’affaire en main bien avant de mourir de faim. Dimanche matin, alors que les habitants du village ainsi que Lapinella se rendent au marché, Abricotin, tel un détective privé, rejoint le jardin de Monsieur Clément, en passant non pas par la clôture comme il fait chaque jour, mais par la maison pour regarder de la fenêtre s’il ne trouve pas un indice. Non ! Rien, ni même depuis les étages. Rien ! Alors, il se dirige vers la cave. La lumière est éteinte et il lui est impossible de l’allumer, vu sa petite taille. Il dévale les escaliers et finit par atteindre le sol en roulade.

De tout orange qu’il est, il doit être devenu tout noir de crasse mais comme personne ne le voit, ce n’est pas grave. Il se relève tout de même et tente de s’orienter dans ce noir lunaire. Pourtant, une lueur l’attire et ce n’est pas celle du soupirail. C’est une lumière artificielle, sûrement une ampoule, qui provient d’un petit trou dans le mur de la cave.

Abricotin avance prudemment vers l’endroit d’où elle sort. Il passe sa tête par le trou du mur : il est stupéfait de ce qu’il y voit : c’est une grotte, une caverne. Il découvre des centaines et des centaines de carottes comme des stalactites au plafond, toutes - ou presque - vertes. Abricotin comprend que ce plafond est la terre du jardin de Monsieur Clément. Il découvre aussi un escabeau sur lequel est accroché un pot. Curieux comme toujours, Abricotin monte tant bien que mal les échelons pour atteindre le sommet et regarder le pot qui est un pot de peinture, un pot de peinture verte !

Voilà le mystère des carottes vertes résolu : Monsieur Clément passe ses journées à peindre les carottes par dessous pour qu’Abricotin ne les arrache plus puisqu’il pensera qu’elles ne sont pas mûres ! Du coup, pour se venger, Abricotin en tire quelques unes et les croque sans se soucier de leur couleur : après tout, ce n’est que de la peinture à l’eau !


L’école fantôme

Septembre : le parfum des tabliers neufs se fait sentir. Abricotin prépare son cartable car c’est demain la rentrée des classes. La trousse est remplie de crayons de bois finement taillés, de feutres aux couleurs incroyables et d’un stylo dont la plume rendrait envieux le plus fiers des paons . Il y a bien sûr une gomme qu’Abricotin ne pense pas utiliser, un taille-crayon et une paire de ciseaux à bouts ronds. Déjà bien protégés, un cahier à grands carreaux et un petit carnet à spirale.

Il ne manque rien !

C’est juste dommage que ce ne soit pas l’heure d’y aller parce qu’il meurt d’envie d’y être déjà. Lapinella pense que plus tard, il changera d’avis sinon elle le présentera rapidement au médecin de la famille. Un enfant qui aime l’école, ce n’est pas normal !

Abricotin ne trouve pas le sommeil. Il est tard dans la nuit et tôt dans le matin. Il rêve déjà de la maîtresse qu’il va avoir et qu’il va aimer. On lui a même dit qu’il était possible de se marier avec plus tard. Et si c’était un maître ? Abricotin se mord les dents ! Non, ce sera une maîtresse et elle sera belle, comme Lapinella ! Vivement demain, vivement tout à l’heure !

Et puis non : vivement tout de suite !

Alors Abricotin se convainc de rejoindre son école sans attendre que sa maman ne vienne le réveiller avec des carottes grillées. Le soleil, peu courageux, ne l’accompagne pas et la Lune fait un tout petit effort pour l’éclairer à quatre heures du matin. Peu importe, il y va, d’un entrain peu habituel à une heure pareille. Il file, il court, s’il pouvait, il volerait ! Et l’école qui se trouve à une ou deux lieues de là se trouve finalement plus proche qu’il n’y parait sur les cartes géographiques.


Sur le chemin de l’école

Évidemment, il fait très nuit et Abricotin est de loin le premier de tous les élèves. Aussi a-t-il l’idée de trouver la classe qui va l’accueillir dans quelques heures et il pourra choisir la table la plus proche du tableau et de la maitresse. Mais où est-elle, cette classe ? Au rez-de-chaussée, au premier, au second ? Au fond la cour ? Près du réfectoire ? Il hésite et puis comme il ne voit rien – la cour n’est pas éclairée - il va au petit bonheur la chance c'est-à-dire au hasard, gravit un escalier, puis deux et pousse la première porte qui ne lui résiste pas. Elle est en fait ouverte, ce qui est quand même plus pratique vu sa petite taille. La lumière n’est pas plus présente dans cette pièce et Abricotin ne fait que se cogner par-ci par-là. Et quand il en a assez de compter ses bosses, il se couche sur ce qui lui semble être une table.

Et pour s’endormir encore plus vite, il compte les carottes …

Une, deux, trois … rrr zzz

Le coq chante, le soleil s’étire les rayons et la vie reprend de la couleur : c’est le matin. Abricotin se réveille à son tour, un peu engourdi et la douleur de son cartable à dos lui rappelle que c’est le grand jour, et surtout, que c’est la grande heure ! Pourtant, quand son premier œil s’ouvre et invite le second à faire de même, Abricotin s’étonne du spectacle qui s’offre à lui : la salle de classe qui l’a hébergé hier soir semble plutôt bizarre. Les tables sont disposées en désordre, les unes sur les autres, et les chaises sont renversées ; les armoires sont éventrées, défoncées, cassées ; leurs étagères sont démontées et les livres qu’elles abritaient jadis ont volé dans tous les sens. Les volets sont fermés et le jour qui tente de filtrer au travers des persiennes forme de longues traînées de fumée dues à la poussière qui règne en maître dans cette pièce lugubre.

Abricotin éternue et se demande pourquoi son école s’est transformée en école fantôme. Pourquoi ? Il commence à frémir par peur de tomber sur une apparition de vieille institutrice à chignon et il se retranche au fond de la pièce pour réfléchir à cette nouvelle énigme quand tout à coup, il entend la porte grincer et s’entrouvrir doucement mais sûrement. Abricotin claque de ses quelques dents et s’imagine comment il va se défendre s’il est attaqué par un fantôme quand il entend une voix familière lui dire :

- « Abricotin ? C’est maman ! Je te cherche depuis ce matin. Tu vas louper la rentrée des classes ! Tu es ridicule ! Arrête de te cacher dans le grenier de l’école et d’avoir peur de ta future maitresse ! »


Le cadeau de Lapinella

Il y a des jours importants dans la vie d’Abricotin ! La saint-Lapin, la saint-Abricotin, Noël, le jour de la rentrée de classes, même si cela ne va pas durer éternellement, les visites de son oncle Paul et bien sûr, la fête des mères, la fête des pères, la fête de tout le monde, bref, tous les jours semblent être une fête pour lui, sans oublier évidement la fête des fêtes : son anniversaire ! Et c’est aujourd’hui, cet après-midi et cela tombe d’autant mieux que c’est un samedi et qu’il va pouvoir facilement s’organiser pour que ce soit une réussite.

Son âge ? Abricotin a … Non, Abricotin ne veut pas le dire ! Il préfère dire qu’il est grand même si Lapinella a des doutes !

Un anniversaire, c’est un événement à ne pas louper, et il a décidé, avec l’accord de sa maman, d’inviter quelques copains et copines de sa classe. Il y aura certainement Lapinos, Abricotin ne lui en voulant pas trop pour l’histoire du sandwich. Rouxilla sera là, Lapinoche aussi, et sûrement qu’il y aura Lolapine, sa préférée de toutes mais chut, c’est un secret ! Avant, la semaine dernière, il était amoureux de Carlapin mais elle s’est amourachée subitement de Nicolapin. Tant pis ! Elle ne sait pas ce qu’elle perd, pense-t-il !

Lapinella a préparé de bonnes choses qui embaument le terrier depuis le petit matin : des chips de carottes, des cookies aux carottes crues, des beignets de carottes râpées, des tartes, des galettes, bref, le tout cent-pour-cent carottes bio puisqu‘elles proviennent du jardin de Monsieur Clément !

Y compris le délicieux jus de carottes que tout le monde aime, n’est-ce pas ? Sûr que la fête va être belle et quand tout le monde est enfin là, Abricotin devient le roi de la journée et il reçoit de la part de ses amis des cadeaux aussi beaux les uns que les autres. L’un lui offre un livre sur « l’histoire de la carotte à travers les âges », un autre sur « la planète des lapins » une histoire vraie parait-il ? Lapiou lui apporte une boite de jeu « Qui veut gagner des carottes ? » et Lolapine lui a fait un dessin très évocateur de son nouvel amour : un cœur dans lequel sont inscrites les deux lettres « L » en strass . Il en rougit vivement tout en étant fier devant ses autres copains d’avoir une si jolie amoureuse artiste.

Tiens, il manque Lapinos ? En retard sûrement.

Il avait aussi demandé à Madame Blanc de venir mais elle a prétexté une certaine fatigue et qu’elle avait vraiment besoin de repos pour être en forme la semaine. Abricotin ne comprend pas pourquoi elle est fatiguée : il pense même que la semaine doit normalement servir à se reposer pour être en forme le samedi et le dimanche ! Aurait-il tort ?

Ce samedi est merveilleux, le soleil est au rendez-vous et les joyeux drilles gambadent dans le jardin de Monsieur Clément qui ne tarde pas à piquer une colère. Cela les amuse encore plus de le voir gesticuler de la sorte sans jamais pouvoir les attraper !

Quand tout à coup, dans un grondement inamical, un monstre sorti de nulle part surgit pour faire peur à la petite troupe. Mais celle-ci, plutôt que de fuir, se met à rire de plus belle, reconnaissant sous un déguisement ridicule et mal fait de renard, le fameux Lapinos. Sans doute pensait-il pouvoir faire rater la fête d’Abricotin, qu’il voit plutôt comme un ennemi qu’un ami. Dommage ! Pour le moment c’est lui qui rate son effet ! Et l’on en rit encore.

Mais Lapinos ne s’en rend pas compte sur le champ, et comme subitement la troupe détale, il se dit qu’enfin, il a réussi et que la fête va être gâchée. La vérité est qu’il n’a pas vu derrière lui Monsieur Clément qui s’approche d’un pas décidé avec un bâton solide pour l’assommer ! Monsieur Clément en a assez des lapins qui abiment son jardin. Lapinos en sera quitte pour une belle bosse dont on se moquera toute la semaine à l’école et même plus tard encore.

- « Les enfants, venez vite ! J’ai une surprise pour vous et pour Abricotin ! Venez vite au terrier ! » appelle Lapinella.

Abricotin est étonné, il pensait avoir eu tous ses cadeaux et il y en aurait encore un ? Quelle journée !

- « Asseyez-vous sur les tabourets et restez face au rideau ! Quand tout le monde sera prêt, je l’ouvrirai ! J’espère que cela va vous plaire, car j’ai eu beaucoup de mal à obtenir la présence de cet artiste ! » annonce Lapinella avec plaisir, tendresse et émotion.

Le suspense est à son comble, tout le monde retient son souffle, la musique commence et quand le rideau s’ouvre, tous les lapins, avec un bonheur indescriptible, hurlent :

- « Bugs Bunny !!! »

A suivre ...